Origines, Développement et croissance de la Voie Quaker (en Angleterre)
Traduction d’un extrait du livre de Harvey Gillman A Light that is Shining (Une Lumière qui Brille)
[ndltr. = note de la traductrice]

Ce qui nous frappe aujourd’hui au sujet des premiers Quakers des années 1640 et1650 c’est leur apparition à un temps de changement révolutionnaire qui mettait en question les vielles idées d’un ordre social strictement défini. L’église Catholique Romaine n’avait depuis longtemps plus de pouvoir en Angleterre, bien qu’elle fût encore crainte par l’établissement politique. Les sections Puritaines et Anglo-catholiques de l’Eglise d’Angleterre étaient en conflit. On se posait des questions sur le rôle des évêques; sur le rôle des femmes (chez les Baptistes, les Quakers et autres communautés Séparatistes les femmes avaient une place de plus en plus importante mais c’était seulement chez les Quakers que les femmes étaient acceptées pleinement comme ayant un statut égal dans la communauté des fidèles) et ainsi de suite. Faction créa faction, car chaque groupe essayait d’établir sa vérité particulière.

Bien qu’ouvertement théologiques en nature, ces conflits étaient aussi politiques et sociaux dans le sens le plus large. La question de trouver le meilleur moyen de gouverner la société pour le bien de tous était soulevée et beaucoup de réponses proposées étaient radicales. Pendant que George Fox (1624-1691) voyageait de long en large dans le pays il rencontrait d’autres qui eux aussi avaient passé du temps à la recherche d’une relation plus intime avec Dieu. Cette recherche les éloignait des églises établies, et allait finalement les amener à la fondation de ce qui s’appelle aujourd’hui la Société religieuse des Amis (Quakers).

Ces hommes et ces femmes qui sont devenus plus tard ‘Amis’ amenaient avec eux des idées trouvées dans les factions d’où ils venaient; ainsi pendant une période le mouvement quaker étaient beaucoup moins cohérent que ce qu’il l’est devenu plus tard. Dans le monde de changement rapide d’aujourd’hui, où moins d’un quart des membres de la Société sont nés de parents quakers, nous pouvons constater une situation semblable. Le défi pour notre Société est similaire: comment fusionner ex-baptistes, ex-anglicans, ex-bouddhistes, ex-juifs pratiquants, ex-tant d’ autres dénominations, en une Société unie (sans pour cela uniforme).

Le dix-septième siècle
Au 17ème siècle ce fut George Fox qui mit son empreinte sur ce mouvement émergeant. Ce serait une erreur cependant, d’attribuer un mouvement à un seul homme, aussi charismatique fut-il. A travers la partie nord du centre et au nord-ouest de l’Angleterre des groupes s’étaient déjà distancés des églises établies. Beaucoup se réunissaient en silence sans prêtre ni pasteur. Beaucoup avaient déjà rejeté les sacrements externes et attendaient une nouvelle spiritualité.

C’était Fox, avec sa capacité administrative, secondé par Margaret Fell (1614 – 1702) qui devient plus tard sa femme [et qui alors lui fournit chez elle une base et un secrétariat permanents ndltr.], qui ont pu souder ces groupes en une Société qui a survécu alors que la plupart des groupes religieux formés à cette époque se sont éteints. Cependant le mouvement quaker n’allait pas être facilement uni. Il y avait des conflits de personnalité aussi bien que de principes. James Nayler (1617 – 1660), dont l’enthousiasme et le charisme ont quelquefois amené ses partisans à des excès, se confronta à Fox de nombreuses fois. Aux années 1660 John Perrott, un Ami irlandais de Waterford, protesta contre la centralisation croissante de la prise de décisions entre Quakers. Il condamna aussi la coutume d’enlever le chapeau quand un Ami priait à haut voix dans le culte de recueillement quaker et celle de se serrer la main à la fin du culte. Cela faillit provoquer un schisme, mais, malgré ces différences, le mouvement Quaker s’étendit, s’agrandit et connut alors de nombreuses persécutions. Il est estimé qu’entre 1650 et 1687, 13 000 Amis furent emprisonnés, 198 furent déportés outremer et 338 sont morts dans des institutions pénales ou de blessures infligées pendant qu’ils étaient au culte. [La population totale d’Angleterre est estimé à 5.6 million en 1650 ndltr.]

La persécution ne refroidit point l’ardeur des hommes et des femmes, qui quittèrent famille et maison pour devenir ‘Propagateurs de la Vérité ‘ [c. à d. la ‘Bonne Nouvelle’. [expliquée 3 lignes plus bas]. C’est à partir de cette période qu’est apparue la coutume quaker de ‘dire la vérité au pouvoir’. En 1657 Mary Fisher (1623-1698), qui avait traversé l’Atlantique pour témoigner de la vérité, partit à Constantinople pour essayer de convaincre le Sultan. D’autres demandèrent des audiences avec le Pape et ont rencontré l’emprisonnement ou la mort aux mains de l’Inquisition. Mais c’était ce désir révolutionnaire de proclamer La Bonne Nouvelle:- la vérité que Dieu est immédiatement accessible à tout être humain - qui finalement amena la création aux 17ème et 18ème siècles de groupes Quakers dans des centres à travers l’Europe, l’Amérique du Nord et les Caraïbes.

Le dix-huitième siècle
Comme la plupart des mouvements, le mouvement quaker commença à perdre de vitesse lors de la mort de leurs membres fondateurs. Parti d’un mouvement qui prêchait une vérité nouvelle ou retrouvée, il prit l’aspect d’une secte introspective, transmettant des traditions et réglant les activités de ses partisans. S’étant cru au début être la renaissance de la vraie église universelle, les Amis se voyaient maintenant comme un vestige gardant précieusement leurs intuitions ultérieures. Aux 18ème et début du 19ème siècles [lorsque les persécutions cessaient peu à peu, ndltr.] ils devinrent ‘un peuple particulier’, se méfiant du monde extérieur, portant des habits sobres et distinctifs, parlant un anglais plein d’un jargon à eux, utilisant le tutoiement (alors devenu archaïque là bas à l’époque ndltr.) et bien qu’il tenaient toujours des cultes publics de temps à autres, ils attirèrent peu de nouveaux adhérents.

Mais cette introspection n’était pas totale et les Amis continuèrent à se préoccuper des conditions dans le monde autour d’eux. John Bellars (1654-1725) par exemple tout en formant un lien entre les persécutions initiales et la période suivante de retranchement, continua le témoignage social de la première génération des Quakers avec ses projets pour le bien-être des enfants indigents et il écrivit “le labeur des pauvres sert de mines aux riches”. Ses théories influencèrent des radicaux plus tard, tels que Robert Owen et Karl Marx. De même John Woolman (1727 – 1772) fut l’un des premiers de la Société à condamner l’esclavage, encourager des ‘boycotts’ économiques et à se préoccuper des conditions à bord des bateaux. Il suggéra aussi aux Amis de voir la connexion entre d’un côté leur train de vie, leurs possessions et d’un autre la violence et l’oppression qui faisaient partie des institutions politiques et économiques de leur époque.

Egal à l’intérêt de certains Amis pour les conditions sociales de leurs jours était la fascination d’autres Amis pour le monde naturel. Si l’aide apportée aux gens était un signe de la vie chrétienne, l’exploration de la Nature était signe d’appréciation d’un univers divinement inspiré et la contribution quaker fut considérable. John Fothergill (1712 – 1780) joua un rôle considérable dans le monde médical ; de même que Peter Collinson (1694 – 1768) en botanique. Vers la fin de la période, John Dalton (1766 – 1844) et William Allen (1770 – 1843) firent de grandes contributions à la chimie. Une des plus importantes découvertes du 18ème siècle, l’utilisation du coke au lieu du charbon dans les fonderies de fer, fut l’œuvre d’Abraham Darby (1678 – 1717), sidérurgiste à Coalbrookdale en Shropshire. Ceci et d’autres inventions à Coalbrookdale ont largement influé sur la croissance de la Révolution Industrielle.


Le dix-neuvième Siècle
Au fur et à mesure qu’on avance dans le 19ème siècle les Quakers commencèrent à regarder au delà du petit monde de leur propre dénomination et à s’ouvrir aux vues religieuses et sociales d’autres traditions. Le monde avait déjà vu le mouvement Méthodiste, dont les Quakers se méfiaient beaucoup au début, néanmoins ce mouvement influença beaucoup la plupart des autres églises d’une façon ou d’une autre. Certains Quakers vers la fin du18ème siècle croyaient que leur Société était devenue trop satisfaite d’elle même, trop introspective, et comme beaucoup dans d’autres églises ils sentaient le besoin d’un plus grand engagement personnel. Pendant cette période, souvent décrite comme ‘quiétiste’ dans l’histoire du mouvement quaker, on lisait la Bible dans les maisons, mais il existait une peur dans la Société que de trop compter sur cette lecture pendant les réunions de recueillement risquait de s’interposer avec la petite voix tranquille qui est dans le cœur de chacun.. Sous l’impact du mouvement évangélique et l’enseignement du Quaker évangélique Joseph John Gurney (1788 – 1847), ces Quakers insatisfaits se tournèrent à nouveau vers la Bible. Ils pensaient que, sans l’autorité Biblique et doctrinale ils étaient sans pouvoir pour affronter et surmonter le monde du péché et de l’aliénation. De ce fait ils en vinrent à donner plus d’importance que leurs prédécesseurs au salut personnel et à la doctrine de l’expiation.

Dans ce sens ils se sentirent proches des chrétiens d’autres confessions. Ceci les conduisit à franchir les barrières de méfiance et à travailler avec les autres à améliorer la société autour d’eux. De nouveau William Allen typifie ce mouvement. Son travail avec la Société anti-esclavage et avec les pauvres de Londres révèle comment certains Quakers amenaient leurs convictions religieuses dans l’arène publique et commençaient à coopérer avec d’autres églises. De même Joseph Lancaster (1780 – 1845), l’un des premiers avocats de l’éducation populaire au niveau national, attira d’autres non-conformistes dans une société qui est devenue plus tard la “British and Foreign Schools Society”[l’association pour des Écoles Brittaniques et Outre-mer]. Une de tous les Quakers la mieux connue, Elizabeth Fry (1780 – 1845), appartenait à une vielle famille quaker, les Guerneys. Elle semble avoir porté légèrement son adhérence à la Société quand elle était jeune, mais plus tard elle fut convertie à une foi plus évangélique, dont la ferveur l’amena à visiter les prisonnières et ensuite à la réforme des prisons.

Il y eut cependant une répercussion dans les cercles quakers plus conservateurs, qui craignaient qu’une telle activité sociale et qu’une théologie évangélique dilueraient le quakerisme. Finalement ces conflits amenèrent les Quakers d’Amérique du Nord à se séparer en différentes factions. Certaines de ces divisions existent encore, bien qu’il y ait des réunions pour élargir la compréhension mutuelle des différentes traditions quakers. Même aujourd’hui ces conférences ne sont pas toujours faciles quand on discute la théologie, mais il y a bien plus de coopération qu’autrefois.

Il y a toujours eu une tension chez les quakers entre, d’un coté, l’idée que les directions de la lumière intérieure suffisaient pour la pleine évolution spirituelle et, de l’autre côté, l’idée qu’une dépendance de la Bible et l’expiation des péchés par la crucifixion de Jésus de Nazareth étaient nécessaires. Cette tension devint évidente à cause de l’importance donnée par ceux de tendance “évangélique” à l’autorité de la Bible et au besoin perçu du salut. Beaucoup de Quakers importants souscrivirent à cette position vers le milieu du 19ème siècle. Plus tard dans ce siècle la tension se changea en conflit car parmi certains Amis une confiance croissante en la méthode scientifique amena un réexamen de la nature de l’autorité et de la précision historique. On étudiait et on questionnait les textes, et on n’acceptait plus l’infaillibilité de la Bible qui était une croyance chère au cœur des évangéliques pour qui la Bible était littéralement vraie. Ceci amena trois tendances distinctes parmi les Amis: les traditionalistes qui dépendaient simplement de la lumière du Christ intérieur; les évangéliques pour qui la Bible grandissait en importance comme source d’autorité, et les nouveaux modernistes ou libéraux, dont la théologie était suspecte aux deux autres car elle mettait en question certaines des vielles coutumes ainsi que la lecture littérale de la Bible. Sous l’influence des nouvelles critiques bibliques et des œuvres de Charles Darwin, les modernistes interrogeaient leur foi et essayaient de voir comment les connaissances nouvelles s’accordaient avec les certitudes anciennes. Alors que ces tendances ont causé des schismes aux Etats- Unis, il n’y a pas eu de division comparable dans le Royaume Uni.


Le vingtième siècle
Sans aucun doute et pour beaucoup de raisons (souvent contradictoires), des groupes de Quakers étaient troublés par la direction que la Société prenait. Cette recherche pour une nouvelle direction aboutit a une conférence nationale à Manchester en 1895. Inspires par John Wilhem Rowntree (1868-1905), les Quakers perçurent le besoin d’un engagement plus important envers une compréhension des origines de leur Société, envers un nouvel enseignement (ce qui provoqua finalement la création du Collège de Woodbrooke, le centre d’études quakers à Birmingham) et envers une nouvelle vision du rôle des Quakers au vingtième siècle.

Bien que, en général, ce fût le triomphe d’un mouvement plus libéral et plus tourné vers le monde même si c’était une forme de libéralisme religieux, c’était un libéralisme accru par une conscience mystique de la présence de Dieu. L’interprète le plus célèbre de ce courant quaker fut l’Américain, Rufus M Jones (1863-1948). Pour lui l’expérience personnelle de Dieu est une expérience mystique. Dans son livre The Flowering of Mysticism, il le décrit de cette façon : « Le mysticisme est une connaissance de Dieu directe, intuitive et expérimentale ou encore c’est une conscience de l’Au delà ou d’une Réalité Transcendante d’une Présence Divine. » Dans ce livre l’accent est sur la lumière intérieure : moins d’importance est donnée à l’interpretaion historique et doctrinale de la crucifixion.

Ce qui est important dans ces différents accents historiques c’est, qu’en degrés qui varient, ils existent encore aujourd’hui. Il y a encore des enthousiastes qui désirent apporter le message de George Fox dans le monde ; ou bien ceux pour qui trop d’activité fait obstacle à l’Esprit ; ou bien les évangéliques qui portent témoignage au rôle joué dans leur vie par Jésus Christ, leur Sauveur et Rédempteur ; ou bien les libéraux pour qui l’accent est sur un humanisme avec une dimension spirituel; ou bien les mystiques qui trouvent l’Esprit dans toutes choses ; ou les radicaux qui essayent de déconstruire la nature de l’expérience religieuse, et encore d’autres qui se disent simplement chrétiens, et pour qui aucun autre nom représente leur compréhension de ce qu’est la religion. En vérité, c’est une des joies, pas toujours sans quelque inquiétude, d’avoir tous ces Quakers ensemble dans la réunion de recueillement. C’est la réunion de recueillement qui réunit les Quakers et c’est du recueillement que ressort l’idée quaker du service dans le monde.

Last modified: Sunday, 30 December 2012, 2:56 PM