En France, le mouvement quaker s’implanta rapidement dans la vallée de la Vaunage, et en particulier dans le village de Congénies. Ce groupe avait des origines spirituelles dans les Assemblées du Désert, dans les Cévennes, à la fin du 17ème siècle. D’origine huguenote, mais ne cautionnant pas les violences des Camisards, ces Inspirés du Languedoc, ou Couflaïres en provençal, se réunissaient lors de cultes à base de silence et pratiquaient le ministère laïc, comme les Quakers britanniques, mais à une époque où ils n’avaient pas eu de contact direct avec eux. L’histoire de leur rencontre avec les Quakers britanniques passe par l’hôtel d’York au 56 rue Jacob à Paris. C’est le lieu de naissance des États-Unis car c’est dans cet hôtel que fut signée la paix entre les États-Unis et la Grande-Bretagne le 3 septembre 1783. C’est également dans cet hôtel que résida provisoirement le Quaker Edward Fox (sans lien de parenté avec George Fox) en 1785. Le père d’Edward, Joseph, voulait apaiser sa conscience car un navire dont il était copropriétaire avait été armé en course contre les Français pendant la guerre d’Indépendance des États-Unis, et avait saisi du butin sur des navires français. Joseph envoya donc son fils Edward à Paris avec la mission d’offrir une réparation aux victimes de ces attaques. C’est par l’annonce parue dans la Gazette de France le 25 février 1785 que furent indiqués clairement les principes et les motivations des Amis.

Cette annonce parvint à la connaissance du groupe des Couflaïres dans la Vaunage. Le 1er avril 1785, Jean de Marsillac, porte-parole du groupe, écrivit à Edward Fox à l’hôtel d’York. Les Couflaïres reconnaissaient des Frères en Christ chez les Quakers, et souhaitaient développer des contacts avec eux. Edward Fox répondit le 14 juin par une lettre très accueillante. À l’automne, Jean de Marsillac alla rencontrer les Amis à Londres. Les échanges de correspondance s’intensifièrent. En 1788, les Couflaïres demandèrent à faire partie de la Société religieuse des Amis. Des Amis anglais, irlandais, et américains se rendirent à Congénies, le principal lieu de rassemblement des Couflaïres, et le 26 mai 1788, à la suite d’un culte commun à base de silence, à la manière quaker, lors d’une petite cérémonie, les Inspirés du Languedoc, ou Couflaïres, furent admis comme Quakers français. C’est dans ce cadre que Jean de Marsillac signa avec William et Benjamin Rotch le 10 février 1791 une pétition en faveur d’une révolution non-violente.

La communauté quaker française de Congénies crut en nombre au cours du 19ème siècle. En 1822 une Maison d’Assemblée fut construite grâce à un legs. Les trois-quarts des villageois étaient des Quakers français. De nombreux Amis britanniques et américains vinrent à Congénies au cours de ce siècle. Vers la fin du siècle, la communauté s’étiola. Certains hommes étaient partis aux États-Unis afin d’échapper au service militaire, et de nombreux mariages eurent lieu avec des Protestants des environs. La Maison d’Assemblée, devenue trop grande, n’était plus utilisée pour les cultes, et le dernier culte quaker de Congénies avant longtemps eut lieu en 1907 chez Élie Jaulmes, descendant d’une longue lignée de Quakers français.

C’est à Paris que le mouvement quaker français a connu une résurgence en 1920, de par la volonté de Quakers anglais et américains, tandis que Justine Dalencourt (1838-1928) avait établi un lien entre Congénies et Paris au tournant des 19ème et 20ème siècles. Elle organisa des réunions quakers à Paris chez elle de 1889 à 1920, puis se joignit à partir du 4 juillet aux cultes du petit Centre quaker international créé cette année-là, sous l’impulsion de Carl Heath. Ce Centre fut installé au 20 avenue Victoria, dans un local de l’Hôtel britannique. Henry van Etten était devenu Secrétaire général du Centre quaker en 1924. Il devint par la suite Secrétaire général de l’Assemblée de France de la Société religieuse des Amis, laquelle devint indépendante de l’Assemblée annuelle de Londres en 1933. Il resta Secrétaire jusque en 1946. Ses écrits historiques, philosophiques et spirituels constituent la base de la littérature quaker francophone .Après plusieurs déménagements, le Centre quaker international rejoignit l’Assemblée de France qui emménageait au 114 rue de Vaugirard. Telle était désormais l’unique adresse parisienne des Amis. Les assemblées annuelles se tinrent pendant quelque temps à Avaray, dans le Loir-et-Cher, où demeuraient les familles Schultz et Abt.

En 1960 ces familles achetèrent le Château de Charbonnières. Ce groupe sut redonner vie au château par de nombreux aménagements. Pendant plusieurs années, et jusqu’à sa vente en 1987, le Château de Charbonnières fut le lieu privilégié des assemblées annuelles de la Société religieuse des Amis de France, dont Henri Schultz fut, longtemps, Secrétaire général après Henry van Etten. Depuis 1987, les Assemblées annuelles des Amis en France se tiennent dans un lieu qui change tous les deux ou trois ans. Après avoir appartenu successivement à plusieurs Quakers britanniques à titre privé au cours du 20ème siècle, la Maison d’Assemblée de Congénies a été rachetée par l’Assemblée de France en mai 2003, et le Centre quaker de Congénies fut créé en 2007. Des cultes s’y tiennent à nouveau, et des réunions nationales et internationales commencent à y être organisées.


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